Mercredi 18 janvier 2017 à 2:37

 Le conte des mille et unes mémoires, 10//11/2015

 


J'écris au nom de tous les jeunes que vous avez rendu malades, fous, désespérés, conditionnés à vivre dans l'espace cloisonné et absurde que vous subissez. 

 

Nous - habitants de la planète Terre, nés d'humains résultants de quelques siècles d'humanité - refusons de porter le poids de votre passé. Nous, jeunes citoyens du monde après quelques années d'éducation forcée, refusons d'être les symptômes de vos familles brisées. Nous refusons vos trous béants de souffrances. Nous refusons vos ego. Nous refusons vos dettes.

 

Ce n'est pas notre faute.

 

Ce n'est pas ma faute et expliquez-moi je vous prie, pourquoi je me sens coupable d'avoir été à l'école si facilement ? d'avoir une maison si chaude et solide ? une assurance pour tous les coups durs des années à venir ? Pourquoi il me semble absurde d'avoir un mobile qui vous rassure et de culpabiliser quand je ne réponds pas à toute heure : "Oui ça va, non je ne suis pas victime de violence". Pourtant la violence de ce que je constate est quotidienne.

Ce n'est pas ma faute si comme tous les organismes vivants je suis née dépendante de vos existences. J'ai fait tout ce que vous m'avez demandé, j'ai appris tout ce que vous m'avez demandé d'apprendre : marcher, parler, être poli, compter, prier, écrire, conduire, étudier, cuisiner, soigner, construire, économiser, vivre. Parfois un peu malgré vous et votre rationalité efficace, j'ai appris à réfléchir, à aimer, à sentir, à crier, à me battre aussi.

 

Pour cela, je vous remercie de m'avoir fait le grand cadeau qu'est la vie. Je vous remercie même si vous l'avez fait pour vous, ou pour qu'il y ait prolongation du grand match "humain contre univers", ou juste parce que le temps d'un instant au fond d'un lit, vous êtes redevenu un animal sans histoire.


 

 

Il n'empêche que cette histoire que vous portez, vous nous l'avez transmise depuis ce premier jour où votre regard s'est posé sur nous, mais aussi dans nos formes car nous sommes malades. Nous sommes une génération malade. Notre corps ne peut se défendre seul car vous avez pallié à toutes ses faiblesses, prévenu toutes ses imperfections ; il ne peut pas non plus s'adapter car vous nous avez appris à avoir peur du reste : du dehors, de nous-mêmes, des autres, et cela nous a rendu immobiles.

 

Vous nous avez hantés avec vos guerres, cette obsession pour une liberté que vous n'aurez jamais, vos luttes pour la survie du Royaume, de l'Empire, de la République. Vous nous avez hantés avec vos combats pour l'avenir, ces espoirs pour vos proches, un héritage que nous n'avons pas à revendiquer. Vous nous avez hantés avec vos efforts pour trouver et garder cet emploi tant espéré et qui vous délivrerait du sort que vos parents vous ont tristement offerts.

 

Vous nous avez traumatisés.

 

Nous n'avons pas la place de grandir cette histoire, elle est déjà trop grande. Nous n'avons pas les armes pour la tuer, elle est déjà trop sanguinaire. Nous n'avons pas de drogues pour oublier, elle n'est déjà plus rationnelle. Nous n'avons de silence pour créer que ce bruit dont vous polluez nos oreilles. Nous n'avons pas. Nous avons seulement ce que vous avez eu - en pire-, et rien de ce que nous aurions pu avoir. Maintenant nous allons devoir prendre.
Comment pourrions-nous être la réponse à tous vos problèmes ? Comment osez-vous nous aimez si mal en nous condamnant de ne pas vouloir afficher des banderoles, des drapeaux, des chansons défendant vos idées ? Considérez notre situation et dites-vous bien que nous ne sommes pas votre solution, nous ne sommes pas le futur salvateur de votre société suicidaire. Ecoutez cette plainte qui murmure : nous sommes incapables et refusons d'être le réceptacle de vos attentes, de vos angoisses, de votre vanité.



Nous refusons ce rôle dans le conte des milles et une mémoire.



Je suis une jeune fille que vous avez conçue et je vous supplie de me laisser tranquille ou de finir de me tuer : vite, abrégez ma douleur !

 

Hélàs vous et moi sommes des animaux ; nos instincts nous empêchent de tuer à grande échelle ceux que vous considérés êtres humains ; par conséquent vous n'avez pas d'autre solution que de conclure cette prise d'otage sur ma vie ou me regarder agoniser dans la peur. Au fond de moi je sens que vous allez continuer comme vous l'avez toujours fait : vous allez poursuivre dans les miasmes de nos ancêtres, manquer de courage, ne pas affronter cette souffrance, condamner mes fuites, juger nos rebellions, sourire de vous y reconnaître. Je continuerai car vous m'avez appris à y croire, à inventer du sens quand il manque. Je continuerai et s'il fallait tout perdre, je n'aurais que du rien à regretter.

Je n'abandonne pas car je suis cet animal qui tend à se préserver mais aussi car nous, jeunesses, sommes en puissance des milliards, en réalité peut-être très peu. Et oui j'assume ce fait terrible pour votre petite histoire : le terrorisme est dérisoire face à cette vertigineuse question. Le terrorisme est une guerre de plus dont nous devons affronter les effets sans comprendre. Et même si vous nous avez éduqués à le fuir, bientôt vos forces républicaines, vos gardiens de la paix, proclameront avec fierté et sous vos applaudissements qu'ils ont "neutralisé" les terroristes – mais où sont passés les signes précurseurs ?

Au noms de tous les jeunes malades, je vous supplie de nous délivrer de tout vos maux. Je vous demande de nous laisser être responsables à présent, de nous abandonner un espace où créer, au sein duquel apprendre de nos erreurs. Parmi vos mots je choisi ceux-ci : j'appelle à manifester pour un nouveau droit, celui pour les jeunes - malades ou non - de donner la possibilité aux jeunes qui viendront peut-être d'obtenir l'innocence que vous nous avez confisquée. Nous réclamons la cécité et d'une manière ou d'une autre si vous ne nous la donnez pas, nous allons nous rendre aveugles, sourds et stériles. Au terme de ces vingt-deux années passées à vos côtés, je refuse d'enfanter. A quoi voudrais-je exposer davantage de violence et de répression ? A qui pourrais-je offrir des années supplémentaires de cette mauvaise foi collective et douloureuse ? Pour cette non-fin que je vous impose, vous allez me blâmer.
Je demeure recroquevillée mais vous emmerde, vous qui vous appelez réalistes et ne réalisez qu'absurdités.



Nous refusons d'assumer votre futur. Nous avons seulement le choix de cette volonté là, et vous de la respecter ou non.






Par Walaracha le Vendredi 23 février 2018 à 19:53
Alors Elsa, t'as abandonné le projet de nous faire partager tes pensées dans ce blog ?
J'attends la suite ;)

Laurine
 

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