Samedi 8 octobre 2011 à 22:06

 Dans les couloirs nauséeux de mon être, se déroule un vent d'ennui, demi-tempête venu d'une strate où il n'y a pas le temps. Il y a des recoins sourds et muets, postes d'observation, il y a des escaliers glauques qui mènent à des galeries suintantes de ma fourbe imagination. Deux ou trois chauve-souris pour que je n'sois pas seule, deux ou trois papillons : la tentation vers la lumière. Quelques gouttes de russe blanc font de l'écho au fond de mon gouleau brûlé. Je deviens rouge, je gonfle, de la fumée s'échappe de ma bouche. Mes poumons sont pleins de cordes vibrantes où se cotoient tous les airs que j'ai aspiré ; celui de mon voisin turc, celui du garçon dans le bus se frayant un chemin avec son cartable, celui du clochard portugais assis à l'arrière de ma voiture, celui d'Hakim mon camarade sur les bancs de l'amphi Quinet. En s'approchant des valves, s'accrochent aux parois les empreintes de ceux que j'ai aimé, squatteurs providentiels qui sont restés bloqués à la porte de mon coeur, mon coeur ce grand squat.


 

Il y a un aqua tout à l'intérieur les fantômes se bousculent. Ils sont une marrée humain mouvante et prête à attaquer. Peu de place, peu de temps. Ils ont traînés pas mal avant d'en arriver là.




La chauve-souris a croqué le papillon.

Mercredi 20 juillet 2011 à 19:48

J'ai soif de monde qui frôle autour de moi, de couleurs odorantes, de bruits de peintures qui dansent, de voix riantes et baladeuses, d'êtres qui sifflent et pensent. Ammène-moi la chaleur, mets des bras autour de ses ombres trainantes d'enfants délaissés qui pleurent à coup d'insultes vibrantes. J'ai soif de vie entre mes mains. Il faut que tout ces fracas se meuvent dans une harmonie déstructurée. Il faut qu'on soit un, des milliers à l'assaut du vide humain caché derrière des yeux gris-amers. Toutes ces montagnes échos sont pleines de trésors en forme de cabanes capables de recueillir les fantômes d'âmes d'immigrés du monde. On pourrait les attirer par des calumets sur les ailes de grands oiseaux noirs constructeurs de colonies autonomes. La peur abime les visages et moi je me dis que, pour rendre aux visages leur beauté, il faut partir du principe que nous avons le choix de déguerpir de sous ces brutes pour inviter ces millions de sourires en larmes à danser en coeur sur notre merde considérable afin de la réduire en une bouillie qui coulera dans un caniveau qu'on laissera s'enfuir au plus profond de la Terre. Tu m'aides ?

Mercredi 11 mai 2011 à 20:56

            J'ai eu envie de prendre ma guitare et de t'écrire un hymne à la vie que je t'aurais envoyé par la poste sans faire de bruit. Hélas la tentative m'a rapidement ramener à la gueule que mes capacités musicales ont plus de limites que mon amour pour toi ; j'ai choisi l'éternelle simplicité des mots. Pardonne-moi de n'avoir pas su te faire danser.

           Quand tu as dis "viens", m'est apparu le souvenir de ce grand toi qui m'a permi de ne pas trop hésiter et de décoller vers ce monde immatériel et indescritpitble qu'est le tiens. En ayant encore Marguerite en tête, j'ai poussé la porte de chez toi, et puis tu étais là avec ton sourire tout doux, tes joues toutes rouges et tes cheveux blonds décoiffés. Tu n'avais pas changé, si ce n'est tes grands yeux qui avaient l'air un peu plus désillusionnés qu'à l'accoutumé. Il a fallut un temps. Il faut toujours un temps. Et puis on se retrouve, et puis on se comprend, un peu comme deux sorcières perchées sur le toit d'une église et qui tantôt regardent le monde en se moquant tantôt se rentrent tout à l'intérieur, se mettent en boule et chantent une montagne avec des baffes dedans, des petites écritures bleues ou noires, des rondes, des bières, des hommes beaux, des vieilles femmes, des livres, des grands livres surtout, les Largarde & Michard, du carrelage clair, des fenêtres entre-ouvertes, du coton, des bonbons, des cheveux coupés et une voix électrique, des rubans, tes rubans. Dans cette montagne, il y aussi nos larmes et nos angoisses, nos aspirations et notre grande envie de voir le monde, de le retourner, de faire la guerre à coup de persuasion pour tous nous faire entrer dans un palais où il y aurait la Justice. Ta présence, elle m'a rappelée tes combats et tes abandons de fatigue, tes cadeaux au monde, ceux que tu as fais aux inconnus pendant que moi j'avais juste le temps de fumer un pétard. "Je rends service". 

         Aujourd'hui j'ai envie de te rendre service, et tu sais c'est facile d'en avoir envie pour toi car en essayant, je sais que je le fais pour beaucoup d'autres que tu aimerais embrasser de ton rire, ton rire vrai qui n'a plus le courage, je crois, de sortir qu'un jour sur deux. Tu sais, quand ta colère se transforme en eau, moi je n'ai envie que de te serrer et de te dire vient on s'en va plus loin voir si c'est mieux, et si ça t'énerve je m'en fou, car tu es capable de dire : toi tu t'en va. Tu peux le faire mais je ne partirais pas, je ne partirai plus. Ca me fait mal quand tu fais ça, quand tu rentres dans ton malheur qui te cache des autres et en même temps te rend vulnérable. J'ai envie de t'emmener sur un navire avec tout plein de fer et de te dire : dors longtemps, je te promets que je ne te réveillerai que lorsqu'il y aura le soleil. Tu passerais ta colère à coup de banjo, en étudiant la politique et le droit. Celui qu'ont les gens quand ils sont chanceux d'avoir quelqu'un comme toi et puis tu m'expliquerais le devoir qu'on a de suivre ces droits. Tu aurais tout lu et quand on accosterait tu irais te battre pour ceux qui le méritent et ceux qui le méritent moins. Tu prendrais le temps de ne vivre avec ta famille que le temps qu'elle suffise à te sentir chez toi et puis tu repartirais pleine de courage et de chaleur dans tes mains, à l'assaut de ce grand monde où tu te perds dedans sans trop savoir pourquoi mais que c'est la bonne cause même si on n'a pas le temps. On se retrouverait parfois, autour d'un sachet de thé qui sentirait bon ta chambre et tes couleurs forcés. Tu aurais les yeux pleins de larmes d'aimer trop de choses à la fois et puis ce serait beau et ce serait vivant et lui, il serait content. 

         Soeur, ta tristesse est bouleversante et belle je suis d'accord, elle éveille la conscience dans et autour, je te l'accorde ; tu te sens à la fois morte et vivante, avec tout le monde et personne, tu es une voyageuse sûre de rien mais qui continue de se diriger toute seule. Tu es l'âme qui n'arrive pas vraiment à signer la paix sans n'avoir plus l'envie de se battre. Tu refuses, ton corps refuse, ton sang refuse, ton nez, ta langue, ta tête je ne sais pas. Essaye-t'elle ? Je le pense. Pas assez longtemps. Tous ils refusent et la marrée est comme celle qui t'a enlevé ce besoin. A force de trop parler, on ne sait plus où sont les mots, tu ignores où les chercher, alors ne cherche plus, ils n'existent et pas et tu vas te perdre. Soeur, si tu m'en laisses le droit, si tu me laisses un indice, je te retrouverai où que tu sois. Si ce n'est pas moi, alors j'enverrai l'objet de ta volonté te chercher, si c'est lui alors je te laisserai pleurer contre moi et je pleurerai avec toi avant de te mettre une claque et de te remettre dans le wagon : vie. Garde toute ta force pour toi, préserve ceux qui t'en donnent et pour nous, prends-soin de toi.

 
 Merci. Tu as le devoir moral d'exister, et en admettant que je sois égoïste, au moins jusqu'à ce que je meurs car tu me donnes confiance en l'homme.
















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Mercredi 11 mai 2011 à 1:39

Je suis celle qui croit - malgré toutes ces preuves, tous ces indices de probabilité qu'on soit des pourris, qu'on ne s'en sorte pas, - qu'il y a du beau partout. Qu'il y a dans chaque parcelle de cruauté, la possibilité de quelqu'un qui a compris l'essentiel et te tend la main. C'est juste une histoire de chance. Des gens nous ont pris cette chance, certains ont inversé les valeurs car ils n'avaient pas besoin de compter sur cette main, certains ont oublié que c'était ce qui nous constituait et surtout fondait notre perennité, nous, dans tous nos espoirs et désillusions, dans nos égarements, dans notre peur insurmontable dès qu'il y a doute. Cela fait des siècles que ça dure, peut-être même depuis toujours. Nous devions manger, voler ; l'erreur est dans la manière de s'y prendre à la base :  prouver sa supériorité pour obtenir les richesses quelles qu'elles soient, ôter à l'homme l'homme, sa justesse bien répartie. Aujourd'hui, cette prise de pouvoir, entraînant les moyens de défense de celui-ci, s'est tellement installée qu'elle est devenue invisible. On l'appelle marché, on l'appelle sud et nord, guerre, flux, travail, colère, frontière, code, discrimination et corruption. On en est tous les victimes et à la fois les coupables, toi aussi quand tu t'insurges de voir que quelqu'un à recopier ton texte, toi aussi lorsque tu refuses de payer ton dû, toi aussi qui penses que la police est satisfaisante pour garantir tes droits. On a oublié de parler aux cons, de leur expliquer que la reconnaissance s'acquiérait par la solidarité et le don, que la survie n'était pas contre tous. Admettons que le bonheur soit un but en soi : on a oublié d'aimer les gens pour qu'ils nous aiment en retour et que c'était là la condition d'être bien dans le monde, d'avoir à manger même quand on n'est plus capable de travailler soi-même, d'avoir quelqu'un qui nous sauve quand on est en danger. On a oublié de voir nos faiblesses, elles nous auraient rappelé qu'on n'avait pas le choix de s'entendre ou pas, et, qu'il fallait parler aux cons et leur expliquer que la reconnaissance s'acquiérait par la solidarité et le don. Si on avait fait ça, alors peut-être qu'à force de se tromper et qu'on le leur rappelle, ils auraient été un peu moins cons et peut-être même qu'on aurait pu les aimer. Je sais qu'on ne peut pas repartir de la base, car il n'y aura personne à savoir ce qu'il faut expliquer au premier con, au premier homme qui a mal et s'égarre, devenant méchant par manque de confiance. Pire, s'il avait manqué de confiance c'est que quelqu'un qui n'avait rien compris aurait été à ses côtés et par conséquent que le premier homme comportait, qu'elle soit née sous la pression d'une situation dangereuse ou pas, sa part de connerie. Maintenant qu'on le sait, on pourrait essayer d'arrêter de gâcher notre temps dans des perspectives monétaires et pour avoir bien plus qu'à manger. On pourrait se dire que même si tous les indices nous disent qu'on ne va pas s'en sortir : nous avons comme seul choix moral de partir du principe que ce n'est pas le cas afin que cela ait du sens d'aller expliquer aux cons qui sont bien nombreux autour de nous que la reconnaissance s'acquiert aussi par la solidarité et le don. Ne croyez-vous pas qu'avec un peu moins de cons, nous serions meilleurs ? Pour cela, il faudrait arrêter de reconnaître seulement la richesse et la culture, l'aisance et la normalité, le bonheur et l'intélligence, les blancs ou les noirs, les garçons ou les filles, les rêveurs ou les rappeurs. Il faudrait reconnaître tout le monde. Cela nécessite un grand effort, de penser que dans chacun il y a un trésor qui le rend digne, qu'il soit con ou pas, qu'on aille lui parler et lui expliquer que s'il était moins con, il n'y aurait plus de prisons.


Je commence à essayer demain mais je pense que cela aurait été peut-être plus facile à faire et moins laborieux si un jour, quelqu'un était venu me dire calmement que ce que je faisais était contre-productif pour l'homme et que par conséquent, en pourissant mon monde, je me desservais moi-même. Lorsqu'on parle de son intérêt à un con, il est probable que celui-ci écoute plus attentivement.

Samedi 26 mars 2011 à 3:05

Un message, un message de la vie qui dit "prends-moi", qui scande "murmure-moi toute entière, crie et deviens reine, de ce que tu pensais être évanoui : l'illusion." On veut, on boit, on souffle et on aspire : à s'élever, à être soi, à être objet en soi, et si tu deviens moi, alors je serai toi ; le toi bouleversé, celui défaillant d'avant la rupture. Il y a l'angoisse, une asphixie qui fait monter la colère tout à l'intérieur, il y a un absolu que nous ne pouvons plus voir - à force d'avoir cherché à comprendre, trier, délimiter les causes, supposer les effets. Pataugeant dans la marre trouble des humains, nous sommes un tout qui cherche à s'en aller sur les bords sans savoir comment se détacher du reste. Nous sommes ceux qui approchent sans jamais toucher, jeunesse émerveillée qui se casse la gueule à chaque marche et la remonte sans même avoir le temps de réfléchir au pourquoi. Nous effleurons sans cesse, nous démolissons, nous reconstruisons à moitié et enfin repartons dans l'autre sens, questionnant le changement. Génération-désillusion, comme les milliers qui précédèrent, nous cherchons l'exceptionnel dans la médiocrité, tantôt grâce au "on" qu'on pense constructif, tantôt et paradoxalement, à cause du "soi" qu'on pense à constituer dans tout ce qu'il a de singulier et d'extrême. Nous sommes extrémistes : buts ultimes aux issues invisibles, chemin final dont nous apercevons les méandres immédiats et instinctifs, nous sommes portés par le vertige de l'existence, nous balançons entre désir anarchique et faim de voir l'ordre des choses, prenant conscience peu à peu sans pour autant le justifier, que les deux ports sont compatibles à condition de mépriser l'avenir.

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