Vendredi 1er janvier 2021 à 15:15

 

 

 

        Je vous apparais tantôt farfelue par mes rituels et mes pas de côté tantôt fascinante, tant par la puissance dans la diversité de mes applications que par la finesse de mes gestes. Je balbutie et m'ancre, je suis technique et poétique, à la fois claire et obscure, chaleureuse et distante, visible, grandiose imperceptible. Je collectionne les faits et affûte les sens en faisant grandir les enfants qui s'ensommeillent en vous ; je suis capable du grand autant que de l'infime, de comprendre avant d'agir et d'agir au-delà de ce que vous saisissez. Je suis piquante, déroutante, tâtonnante_telle une main dans la nuit, déterminée comme un rayon de soleil qui dessine après la pluie.
        Et puis.. je suis bien plus que ce que vous ne pouvez voir : bouleversante, sensible et si riche que mes tentacules viennent pincer chaque corde de votre humanité vibrante. Je viens ouvrir des fenêtres derrière les yeux, remuer votre ventre, me blottir au creux de nos bras jusqu'à les élargir aux caresses des feuilles et du feu. Je m'émancipe de vos lois théoriques tout en augmentant votre connaissance scientifique ; je sens, qu'au fond de vous, vous saurez m'accueillir et me faire danser comme un corps de lumière, tendre organisme qui résiste et se déploie dans toute sa beauté, cette beauté manifeste, touchante et que viennent révéler l'ortie, le pissenlit, les vaches, la prêle ou bien le papillon, grand chêne et ses copains, l'abeille et la moisson : ce grand univers qu'accompagne et qui accompagne le cœur paysan, ce chef d'orchestre à qui l'on doit tant et qui compose avec la poésie du paysage et tous ces phénomènes sans n'y voir qu'une cause ou une fin.
 

       Les mouvements de l'âme de Steiner se prolongent telles des vagues qui déposent des vestiges qu'on reprend pour semer la vie, les grains que nous sommes les habite et tentent d'y retranscrire les signes d'une humanité plus apaisée - au sein de tous les règnes - moteur du changement et spectateur intime des astres, se frottant aux éléments autrement qu'en les mesurant ; chuchotant aux oreilles à venir, émerveillé(e)s, que de la terre et du ciel pousseront nos libertés.


 

 

Elsa Hem

 

 

12/12/20

 

Mercredi 18 janvier 2017 à 2:37

 Le conte des mille et unes mémoires, 10//11/2015

 


J'écris au nom de tous les jeunes que vous avez rendu malades, fous, désespérés, conditionnés à vivre dans l'espace cloisonné et absurde que vous subissez. 

 

Nous - habitants de la planète Terre, nés d'humains résultants de quelques siècles d'humanité - refusons de porter le poids de votre passé. Nous, jeunes citoyens du monde après quelques années d'éducation forcée, refusons d'être les symptômes de vos familles brisées. Nous refusons vos trous béants de souffrances. Nous refusons vos ego. Nous refusons vos dettes.

 

Ce n'est pas notre faute.

 

Ce n'est pas ma faute et expliquez-moi je vous prie, pourquoi je me sens coupable d'avoir été à l'école si facilement ? d'avoir une maison si chaude et solide ? une assurance pour tous les coups durs des années à venir ? Pourquoi il me semble absurde d'avoir un mobile qui vous rassure et de culpabiliser quand je ne réponds pas à toute heure : "Oui ça va, non je ne suis pas victime de violence". Pourtant la violence de ce que je constate est quotidienne.

Ce n'est pas ma faute si comme tous les organismes vivants je suis née dépendante de vos existences. J'ai fait tout ce que vous m'avez demandé, j'ai appris tout ce que vous m'avez demandé d'apprendre : marcher, parler, être poli, compter, prier, écrire, conduire, étudier, cuisiner, soigner, construire, économiser, vivre. Parfois un peu malgré vous et votre rationalité efficace, j'ai appris à réfléchir, à aimer, à sentir, à crier, à me battre aussi.

 

Pour cela, je vous remercie de m'avoir fait le grand cadeau qu'est la vie. Je vous remercie même si vous l'avez fait pour vous, ou pour qu'il y ait prolongation du grand match "humain contre univers", ou juste parce que le temps d'un instant au fond d'un lit, vous êtes redevenu un animal sans histoire.


 

 

Il n'empêche que cette histoire que vous portez, vous nous l'avez transmise depuis ce premier jour où votre regard s'est posé sur nous, mais aussi dans nos formes car nous sommes malades. Nous sommes une génération malade. Notre corps ne peut se défendre seul car vous avez pallié à toutes ses faiblesses, prévenu toutes ses imperfections ; il ne peut pas non plus s'adapter car vous nous avez appris à avoir peur du reste : du dehors, de nous-mêmes, des autres, et cela nous a rendu immobiles.

 

Vous nous avez hantés avec vos guerres, cette obsession pour une liberté que vous n'aurez jamais, vos luttes pour la survie du Royaume, de l'Empire, de la République. Vous nous avez hantés avec vos combats pour l'avenir, ces espoirs pour vos proches, un héritage que nous n'avons pas à revendiquer. Vous nous avez hantés avec vos efforts pour trouver et garder cet emploi tant espéré et qui vous délivrerait du sort que vos parents vous ont tristement offerts.

 

Vous nous avez traumatisés.

 

Nous n'avons pas la place de grandir cette histoire, elle est déjà trop grande. Nous n'avons pas les armes pour la tuer, elle est déjà trop sanguinaire. Nous n'avons pas de drogues pour oublier, elle n'est déjà plus rationnelle. Nous n'avons de silence pour créer que ce bruit dont vous polluez nos oreilles. Nous n'avons pas. Nous avons seulement ce que vous avez eu - en pire-, et rien de ce que nous aurions pu avoir. Maintenant nous allons devoir prendre.
Comment pourrions-nous être la réponse à tous vos problèmes ? Comment osez-vous nous aimez si mal en nous condamnant de ne pas vouloir afficher des banderoles, des drapeaux, des chansons défendant vos idées ? Considérez notre situation et dites-vous bien que nous ne sommes pas votre solution, nous ne sommes pas le futur salvateur de votre société suicidaire. Ecoutez cette plainte qui murmure : nous sommes incapables et refusons d'être le réceptacle de vos attentes, de vos angoisses, de votre vanité.



Nous refusons ce rôle dans le conte des milles et une mémoire.



Je suis une jeune fille que vous avez conçue et je vous supplie de me laisser tranquille ou de finir de me tuer : vite, abrégez ma douleur !

 

Hélàs vous et moi sommes des animaux ; nos instincts nous empêchent de tuer à grande échelle ceux que vous considérés êtres humains ; par conséquent vous n'avez pas d'autre solution que de conclure cette prise d'otage sur ma vie ou me regarder agoniser dans la peur. Au fond de moi je sens que vous allez continuer comme vous l'avez toujours fait : vous allez poursuivre dans les miasmes de nos ancêtres, manquer de courage, ne pas affronter cette souffrance, condamner mes fuites, juger nos rebellions, sourire de vous y reconnaître. Je continuerai car vous m'avez appris à y croire, à inventer du sens quand il manque. Je continuerai et s'il fallait tout perdre, je n'aurais que du rien à regretter.

Je n'abandonne pas car je suis cet animal qui tend à se préserver mais aussi car nous, jeunesses, sommes en puissance des milliards, en réalité peut-être très peu. Et oui j'assume ce fait terrible pour votre petite histoire : le terrorisme est dérisoire face à cette vertigineuse question. Le terrorisme est une guerre de plus dont nous devons affronter les effets sans comprendre. Et même si vous nous avez éduqués à le fuir, bientôt vos forces républicaines, vos gardiens de la paix, proclameront avec fierté et sous vos applaudissements qu'ils ont "neutralisé" les terroristes – mais où sont passés les signes précurseurs ?

Au noms de tous les jeunes malades, je vous supplie de nous délivrer de tout vos maux. Je vous demande de nous laisser être responsables à présent, de nous abandonner un espace où créer, au sein duquel apprendre de nos erreurs. Parmi vos mots je choisi ceux-ci : j'appelle à manifester pour un nouveau droit, celui pour les jeunes - malades ou non - de donner la possibilité aux jeunes qui viendront peut-être d'obtenir l'innocence que vous nous avez confisquée. Nous réclamons la cécité et d'une manière ou d'une autre si vous ne nous la donnez pas, nous allons nous rendre aveugles, sourds et stériles. Au terme de ces vingt-deux années passées à vos côtés, je refuse d'enfanter. A quoi voudrais-je exposer davantage de violence et de répression ? A qui pourrais-je offrir des années supplémentaires de cette mauvaise foi collective et douloureuse ? Pour cette non-fin que je vous impose, vous allez me blâmer.
Je demeure recroquevillée mais vous emmerde, vous qui vous appelez réalistes et ne réalisez qu'absurdités.



Nous refusons d'assumer votre futur. Nous avons seulement le choix de cette volonté là, et vous de la respecter ou non.






Lundi 14 avril 2014 à 13:58



 Non, je ne veux pas effacer mon adolescence.

 

Il y a une partie de moi qui est restée derrière le mur et qui en a besoin. 

 

Merci.

 

http://des-photos-parmis-tant.cowblog.fr/images/puffthebeach.jpg

Mardi 19 février 2013 à 1:57

 Je veux être jeune. Etre ivre. Dans une chaude lumière d'été, un soleil qui baisse, du vent dans des cheveux dorés par le sel. Un feu, des gens qui rient autour d'une guitare, rien de plus banal, je l'ai déjà vécu. Mais alors quoi encore ? Je n'avais pas saisi. Le doux balancement des vagues. Les grains de sables, cette texture si belle qui prends les teintes du ciel. Dessiner sur du cartons des nuages qui s'envolent, brumes qui s'apaississent de chaque doigt qui passe. Caressant le papier, lui ôter ses imperfections. Le recouvrir de couleurs douces et qui s'entremêlent. Des instants brefs et trop forts, un battement de coeur, le temps qu'une porte se ferme. Mes pieds qui courent devant moi pour la rouvrir et que la lumière entre encore. Des larmes se refermant sur les lits. Des pieds froids. Du silence, du vide, des cris d'enfants. Le feu qui crépite. Une branche dans le vent. Des instants aux allures d'éternels. La fête, le bruit, les gens, la chaleur. Retrouver le jeu de la séduction. Des regards croustillants. Des silhouettes frôlant les murs qui disparaissent. Le soleil qui se lève, du haut d'une colline, dune où des jeunesses sans espoir mais qui n'y pensent pas ce sont échues pour rouler leurs pétard. 


Des instants de fin du monde. Des instants où rien ne compte. Où c'est ton corps qui choisit, qui comment pourquoi maintenant, toujours. Les yeux fermés, des taches dessous mais on s'en fou. Le vrai. Quand ça tourbillonne de plaisir. Quand ça tourbillonne parce que t'as mal parce qu'avant, t'avais bien. Quand ça te manque tellement que tu t'trémousses. Que t'entends l'écho pendant des heures durant. Un chaud souffle d'été. Plein à craqué.

 

Parfois je reste prisionnère du monde de Cassiel. La voix de Marion me hante, elle est si feutrée, écorchée, vive. Elle est rouge, vinaigre que les temps ont serrés trop fort pour ce petit corps. Il y en a une en moi, qui crie la mort. Il faut que je l'assome. D'un coup sec. Demain. Demain je serai jeune. Il y aura une fête. Elle ne sera que pour moi, mes rêves, elle n'existera pas.

Nue. Nue devant la cheminée. Mon corps abîmé que personne ne voit. Il faut que l'enfant coupable sorte pour que l'autre puisse renaître. Ce n'est pas moi, ce n'est pas moi ce fantôme de moi, ce n'est pas moi à qui l'on demande “ça va ?”

 

Ca commence quand ? J'attends. On me dit qu'il faut que ça vienne de moi. J'y mets tout du mien. Pas encore, pas assez fort. Demain ?

Mercredi 30 janvier 2013 à 0:47

Je vomis. Je vomis sur moi, sur les gens, je vomis de la nourriture vietnamienne sur des vietnamiens qui ont faim, je vomis la bouffe qui me fait grossir alors que je n'ai plus faim, je vomis de joie d'avoir retrouver l'apêtit, je vomis de culpabilité, de sur-pleins. Je vomis sur mon corps dégueulasse d'avoir trop mangé, de s'être trop privé, d'avoir été trop recroquevillé dans le froid, de s'être laissé souiller. Je vomis tous les pétards que j'ai fumé sans y penser, les cigarettes qui m'ont dégoûtées  ces livres que je n'ai pas écris, les amants ratés, les amours frustrés, ceux qui ne méritaient pas d'entrer dans ma vie, les dessins avortés, un bébé mort. Je vomis la tromperie, le mépris, Sarkozy, des mètres cubes de larmes, la bague de fiançailles au fond de mon sac, des pilules par milliers  des heures de télé. Je vomis le Règlement Intérieur des lycées et sur tout les gens qui s'assoient pour pisser. sur des tonnes de cafés froids et d'enfants effrayés. 

J'ai juste vomis dans mes chiottes comme une malpropre. 

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